Parturition et sélection des chiots Can' Corz'

Parturition et sélection des chiots Can' Corz' lorsque l'agriculteur l'avait décidé et qu'il avait choisi ses reproducteurs, il laissait sa chienne et le chien voulut ensemble. Les accouplements avaient généralement lieu fin novembre début décembre, pour que les chiots naissent en février et que lamère puisse les garder près d'elle jusqu'à la fin mars, de manière à ce que les chiots affrontent l'hiver déjà forts et robustes. Peu de temps après l'accouplement la chienne était laissée libre, elle mettait souvent bas dans un endroit reculé de la ferme ou en dehors de la ferme, dans l'étable ou bien même dans une tanière excavée quelques temps avant.

Une fois qu'elle avait mis bas, elle venait chercher ses maîtres ou du moins essayait d'attirer leur attention pour leur montrer ses petits. Si un agriculteur voulait garder un ou plusieurs chiots, il devait les sélectionner rapidement. Différents critères pouvaient être utilisés : on choisissait systématiquement celui qui semblait le plus vigoureux, mais surtout celui qui ressemblait le plus à la mère et qui avait de gros membres et la gueule très noire. (Comme nous l'avons vu un peu plus haut dans d'autres messages, dans bons nombres de masserie les chiens étaient souvent indépendants, libres, mais surtout « coureurs ». Dans certains cas il était plus facile pour le paysan de sélectionner le chiot ressemblant le plus à sa mère plus qu'une hypothétique paternité). Certains paysans sélectionnaient les chiots ayant des ergots aux pattes (arrières).

Dans le barese (région de Bari), on choisissait le chiot qui associait ces différentes caractéristiques plus une tâche blanche sur le poitrail, tandis que dans le foggiano (région de Foggia) on préférait cette petite touche de blanc appelée liste ou pelote sur le chanfrein. Le plus important pour ces agriculteurs était de préserver le caractère légendaire et spécifique de leurs cani corsi, certains agriculteurs enfermaient les jeunes chiots dans un sac de toile de jute après les avoir légèrement secoués, battus et titillés quelques secondes pour ne conserver que le chiot qui réagissait d'une manière virulente aux stimuli même après l'avoir sorti du sac. Perpétuant ainsi le caractère et tempérament belliqueux, mordant, intense et agressif du cane corso de génération en génération.

Une méthode particulière voire exceptionnelle à nos yeux pour sélectionner ses chiots, nous a été conté, cette méthode consistait à faire choisir un seul et uniquechiot par leur mère, pour cela il simulait une menace à proximité des chiots, cette menace consistait à allumer un petit feu de paille, puis il faisait sortir la chienne enfermée à quelques mètres de là dans une remise, celle-ci éloignait ses petits un à un du feu, le premier qu'elle sauvait était d'après cette méthode le meilleur, les autres étaient considéré en quelques sorte comme des « tocards », et du coup éliminés. Cette méthode à selon certaines personnes, fait ses preuves à maintes reprises. Comme cette chienne avait été choisie par sa mère, elle-même choisie par sa propre mère etc. Une autre méthode consistait à faire lever la chienne lors de l'allaitement, on disait que les chiots qui gardaient prises sur les douloureuses mamelles, étaient sans aucune ambiguïté dignes d'être de vrais corz' !

D'une manière générale les accouplements « souhaités » n'était pas le fruit du hasard, le paysan se devait de sélectionner ces meilleurs cani corsi, afin de mettre le plus de chance de son côté quant à l'éventuel emploi auquel le chien était destiné, en vue d'un hypothétique remplacement d'un chien travaillant déjà dans l'exploitation. Malheureusement le ou les chiots qui n'étaient pas retenus étaient cruellement supprimés et le plus rapidement possible, afin de privilégier en nourriture celui ou ceux restant.

Un membre de la famille, en général, le chef de famille, se chargeait de les noyer dans l'abreuvoir. Ou bien on les enterrait immédiatement les chiots vivants à la naissance. Si on faisait le choix de ne laisser aucun chiot à la chienne, il fallait prévenir la montée de lait. Certains agriculteurs laissaient deux chiots à la mère pendant trois semaines, dit-on pour ne pas la rendre folle et pour couper le lait.

Pour couper le lait des chiennes, il était également possible d'utiliser différente préparations : soit en lui donnant une infusion de persil, ou on lui faisait prendre du lait mêlé à du bicarbonate de soude, ou en lui passant de la graisse sur les mamelles. Mais le moyen le plus connu restait de donner à manger à la chienne une omelette fortement persillée. Avec le choix du chiot, l'élimination de ceux qui ne sont pas jugés convenables et les préparations destinées à couper le lait de la chienne, le cycle des pratiques liées à la reproduction est achevé. Le chiot conservé était bientôt dressé pour la tâche qui lui était assignée, sa mère quant à elle reprenait son travail à l'exploitation.

Le maître mot de cette sélection était la FONCTIONNALITE, elle primait bien évidemment sur la beauté et non sur la morphologie du chien comme certains peuvent penser, qui elle se devait d'être « hautement fonctionnelle ».

Comme le cane corso a été créé et sculpté pour accomplir des tâches bien précises au sein de ces exploitations souvent isolées, ne laissant pas ou peu de place aux critères de beauté « modernes » tels qu'un beau poil brillant, un caractère très sociable, une couleur de robe « à la mode » comme le gris, ou bien même une odeur corporelle peu prononcée, ou encore celle d'un chien bavant très peu, mais surtout placide envers et contre tous, etc. Critères qui aujourd'hui sont trop souvent mis en avant par une certaine catégorie d'éleveurs, lors de la commercialisation des chiots.

Auteur Giuseppe GIORGIO