Evolution peu glorieuse de notre cane corso...

Lors de ces deux derniers siècles, le monde cynophile a assisté à l'ouverture de nombreux livres des origines et à la standardisation de typologies qui jusqu'alors étaient caractérisées par une relative hétérogénéité de phénotype, fruit d'une sélection exclusivement guidée par les aptitudes des chiens. Capacité de travail obtenue par déclinaisons spontanées de type, dans les divers emplois auxquels les chiens étaient utilisés comme auxiliaires (de travail).

Les populations proto-raciales (antérieure aux races) comme notre cane corso actuel ont fait l'objet d'attentions particulière de la part de passionnés, qui rédigèrent un « standard d'excellence » décrivant ainsi les caractéristiques ethniques de la race, auquel (standard) plus tard tout les sujets devrait se rapporter.

Dans ces premiers standards on y précise les couleurs ainsi que celles moins appréciées, on y établi des limites de taille, une préférence du port des oreilles et de la queue, ainsi que les formes, une position et couleur d'œil et on y met en avant les qualités du tempérament qui sont bien évidement les plus importantes dans l'histoire de cette propre race, qui sont un des motifs principaux dans le choix d'une race dite « pure ».

Dans une première phase qui eut lieu de la fin des années 1980 jusqu'au milieu voire fin des années 1990 dans certains élevages apuliens, le cane corso traversa une période d'or, car ses grandes qualités d'auxiliaires hérités de leurs utilisations agrestes ancestrales étaient encore bien présentes. Qualités obtenues par l'effet de sélections reproductives judicieuses, par une meilleure alimentation, par de meilleurs soins apportés à ces anciens auxiliaires « rustiques », au final la qualité moyenne des sujets produit à cette époque était élevée et plutôt constante dans ces premiers élevages nordistes comme celui dell'Antico Cerberus et sudistes comme chez Del Dyrium (pour reprendre un débat assez récent dans la race) bien évidement élevages dédiés au cane corso.

Avoir un cane corso « pur » était alors synonyme d'une évolution morphologique et mentale sûres et stabilisées lors de l'achat d'un chiot par un futur éleveur ou même par un particulier. Car un chiot issu de tels élevages, bien élevé était présupposé être le plus sain et le plus juste possible, dans le sens ou le chiot en question adulte devait se rapprocher le plus possible de ses ancêtres encore utilisés récemment dans ces exploitations agricoles.

Au cours des 15 dernières années, en revanche on assiste dans la race à un progressif et trop envahissant intérêt quasi obsessif pour les expositions de beauté, qui deviennent les uniques objectifs de ces nouveaux éleveurs-sélectionneurs.

Faire naître le futur champion du monde est l'unique vraie finalité pour ces éleveurs, parallèlement à cette obsession naît un désintéressement total pour toutes les caractéristique disons « non-esthétiques », comme le caractère du cane corso, ou encore l'histoire de cette race.

Les conséquences ne tardèrent pas à se faire ressentir peu de temps avant les années 2000. Conséquences que ces éleveurs confirmées appellent «inbreeding dépression », et que le vétérinaires appellent « pathologies congénitales multiplicatives » dues tout simplement à une trop forte consanguinité liées aux successifs « entonnoirs génétiques » imposés à une population de cani corsi de plus en plus appauvrie génétiquement parlant. Comme notamment lors des précédentes campagnes de sélections faites par ces nouveaux éleveurs visant à satisfaire une mode de texture de poil, de couleur de robe, d'ossature, de crânes dits « plus justes », de denture « légèrement prognathe » etc. Ces « maltraitances » génétiques, peuvent si elles ne sont pas rectifiées très rapidement altérer à tout jamais le patrimoine génétique de notre cane corso, patrimoine génétique qui s'est établi par ailleurs sur plusieurs siècles d'emplois spécifiques.

Et conduire pour les cas les plus extrêmes à des déviances squelettiques faciales très graves se traduisant par exemple par des malocclusions dentaires : prognathisme de la mandibule inférieure exacerbé par un raccourcissement squelettique du maxillaire supérieur, ou bien par unbrachygnathisme supérieur donnant l'impression d'un prognathisme inférieur. Déviances considérées comme des défauts graves dans la quasi totalité des races canines (à l'exception de quelques races comme le Bulldog anglais) conduisant à une impossibilité au chien de mordre "pleinement" sa prise.

Ce syndrôme de malocclusion est souvent caractérisé par une asymétrie squelettique de la tête, donc d'origine génétique. L'animal donne l'impression d'avoir toujours la bouche entrouverte, car les incisives n'entrent jamais ou peu en contact. Ces malocclusions ont pour conséquences de nombreuses lésions des muqueuses buccales qui entrainant elles mêmes des infections et abcès.

Ces "défauts" génétiques (notamment un prognathisme excessif) doivent, bien évidemment conduire à la stérilisation des sujets présentant ces types de tares, mais qui malheureusement sont souvent mis en avant inconsciemment (ou consciemment) par certains éleveurs. Car ces sujets « anormaux » donnent l'illusion commerciale d'avoir des mâchoires plus puissantes, plus solides, en définitif mieux construites, ce qui peut paraître normale et légitime pour des « chiens de prise », ne sont autres que de mauvaises supercheries génétiques.

Toutefois il est bon de rappeler que le cane corso ne se limite pas qu'à un standard "scientifique", fait de formules et mesures mathématiques en tous genres. N'oublions pas que notre cane corso n'est qu'avant tout un simple et humble ambassadeur de l'âme des campagnes du Mezzogiorno.

  • malocclusion : relation anormale entre les dents du maxillaire (haut) et les dents de la mandibule (bas) lors de la fermeture intra maxillaire, si la fermeture ne peut pas s'effectuer normalement nous pouvons donc parler de malocclusions.

Auteur Giuseppe GIORGIO